Le ministère de la culture fortement déstabilisé par Google
| Rédigé par Jean-Claude Streicher le Vendredi 30 octobre 2009 |
Outre le soutien à la création, le ministère de la culture se donne pour mission d’entretenir le patrimoine et de le rendre le plus largement accessible. Mais dans ce dernier rôle, et sur l’écrit, Google pourrait être plus efficace, et sans frais pour le contribuable.
Grand malaise, rue de Valois à Paris… Tout le monde y a bien conscience que la direction des bibliothèques, la direction du livre et de la lecture du ministère de la culture sont guettés par une mutation de grande ampleur, un véritable tsunami, qui risque à terme de les vider de leur substance. La révolution Google est de nature à les engloutir corps et âme, de la même façon que la révolution numérique et Internet ont déjà laminé le courrier postal personnel, les disquaires, la presse informatique papier…
Google a déjà obtenu, aux termes d’un contrat resté confidentiel, de numériser et de mettre en ligne les quelque 500 000 ouvrages anciens de la Bibliothèque municipale de Lyon, évitant ainsi à cette dernière une dépense de 50 millions d’euros sur dix ans. Google, dont les moyens financiers sont inépuisables, se propose évidemment de donner un coup de pouce du même ordre à la BNF. Son offre est tentante, puisque, conformément aux missions du ministère, le patrimoine écrit français serait alors mis en ligne en texte intégral et recherche full text pour le monde entier dans des délais nettement plus rapides que ne le permettraient les ressources budgétaires de l’Etat.
Google démarche également les autres grandes bibliothèques patrimoniales en Europe, puisque le Vieux continent est de ce point de vue la région du monde la plus riche en contenu. Il se propose aussi de numériser et de mettre en ligne les ouvrages épuisés, au titre de la règle américaine du « fair use », inconnue en Europe, qui autorise un tiers à faire « un usage non commercial et raisonnable du contenu d’une oeuvre ». Moyennant un format unique de téléchargement et un standard unique de terminal e-book, il n’y aurait donc plus besoin à terme de ré-éditer des ouvrages papiers. On les trouverait tous en ligne grâce au moteur de recherche californien !
Que resterait-il alors du ministère de la culture ? Ne serait-il à terme qu’un délégateur de droits numériques ? Doit-il composer avec Google et dans quelles limites ? Ou doit-il tenter de structurer, à un niveau forcément européen, une offre alternative ? Frédéric Mitterrand, le nouvel hôte de la rue de Valois, a déjà procédé à des consultations. Mais la réponse n’est pas évidente, chacun lui donnant un avis divergent. Le ministre a donc créé une commission sur la numérisation des fonds patrimoniaux des bibliothèques, qui devra lui remettre une note d’étape dès le 24 novembre et son rapport définitif le 15 décembre, sans a priori idéologique.
Cette commission réunit des experts des secteurs concernés : le cinéma et l’audiovisuel avec Marc Tessier, ancien dg du CNC, et Emmanuel Hoog, président de l’Ina ; les bibliothèques avec le conservateur en chef Olivier Bosc ; les éditeurs avec Alban Cerisier des éditions Gallimard ; et la radio avec François-Xavier Labarraque, de Radio France. « J’ai besoin d’une analyse approfondie la plus complète possible afin de prendre la décision la meilleure possible, a commenté Frédéric Mitterrand. La position française sera observée par le reste du monde. »
La rue de Valois voudrait éviter le chacun pour soi. Avec l’appui de NKM, secrétaire d’Etat au développement numérique, elle voudrait également profiter du grand emprunt national pour donner un coup d’accélérateur à la numérisation des patrimoines écrits et audiovisuels ainsi qu’à la généralisation des accès fibre optique très hauts débits. Mais en a-t-elle encore les moyens ?
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