Les banques françaises en retard sur l’exploitation des flux factures ?

Rédigé par Jean-Claude Streicher le Mardi 30 octobre 2007

La question s’est posée à l’occasion d’une table ronde organisée à Paris par Sterling Commerce et Syrtals SI, à laquelle participaient des représentants des principales banques françaises et de grandes entreprises.

Les ERP et les applications de gestion de trésorerie ont progressivement dématérialisé les processus financiers (comptabilité, consolidation, trésorerie) des entreprises. Simultanément, les échanges entreprises-entreprises, banques-entreprises et banques-banques se sont dématérialisés eux aussi.

Les deux chaînes de valeur (chaîne financière – chaîne logistique) tardent cependant à s’interconnecter. La facture électronique est à leur point de convergence. Mais elle reste complexe à mettre en oeuvre, notamment pour la gestion des anomalies.

"Il ne s’agit donc pas seulement de dématérialiser les factures, a indiqué Eric Daubié, responsable Marketing Europe de l’Ouest de Sterling Commerce, mais de pouvoir traiter au sein d’un processus complexe regroupant de nombreux acteurs un ensemble de données de nature diverse, commerciale, financière et juridique."10

Le problème n’est pas simple. Le trésorier d’entreprise va exiger au préalable que l’ensemble du processus order-to-cash (de la prise de commandes au netting) soit dématérialisé afin notamment de pouvoir réconcilier les factures à payer avec les commandes passées auprès des fournisseurs. Il exigera également un workflow de traitement des factures avec son traitement manuel des cas douteux. Il réclamera enfin un référentiel de données commun pour l’ensemble de ce processus et devra se placer d’emblée dans une optique résolument internationale.

Les banques auraient un rôle à jouer. Elles peuvent accélérer l’adoption de la facture dématérialisée par les entreprises. "Elles maîtrisent les standards d’échange et disposent des infrastructures de paiements, a souligné Laurent Rouillac, pdg de Syrtals SI. Elles opèrent un nombre suffisant d’échanges et elles comptent parmi les quelques institutions qui peuvent apporter de la confiance institutionnelle et fédérer des acteurs."

Dans plusieurs pays européens, elles ont constitué des structures adhoc. La coopérative de banques belges Isabel a ainsi créé un réseau pour les échanges banques-entreprises et l’utilise pour gérer les factures. Dès à présent, 42.000 des 45.000 utilisateurs de ce réseau y recourent pour transmettre leurs factures. Les banques finlandaises ont construit la plate-forme Finvoice. Telekurs, le groupement des principales banques suisses a ouvert le service PayNet, de mise en relation via internet des émetteurs de facteurs, de leurs clients et de leurs établissements financiers.

Ces trois initiatives ont réussi à atteindre leur taille critique sur leur marché domestique. Sont-elles transposables en France ? Il faudrait déjà que les banques françaises disposent du même capital de confiance que leurs homologues de ces pays. Mais il ne semble pas que ce soit le cas. Une moitié des entreprises hexagonales serait disposée à passer par leur banque pour transmettre leurs factures, mais l’autre moitié s’y refuse.

Laurent Rouillac le déplore. "Les banques, estime-t-il, pourraient jouer un rôle majeur en proposant des services nouveaux, tels que des services liés à l’encaissement (pour automatiser les rapprochements, centraliser les paiements ou encore informer le bénéficiaire du règlement de la réalisation de l’opération dans des délais très courts) ou à la prévision (cash reporting prévisionnel…)."
Les PME n’ont pas les moyens de se lancer dans des projets informatiques coûteux et complexes. Elles sont demandeuses de services cash management packagés. Les banques pourraient les leur proposer et contribuer ainsi à débloquer l’un des verrous majeurs du tissu économique hexagonal.
"Les standards existent et les éditeurs de logiciels les supportent, complète Eric Daubié de Sterling Commerce. Reste à s’accorder sur ceux qui conviendront au plus grand nombre et sur la façon de les articuler entre eux."

La dématérialisation de la facture rend possible l’interconnexion entre les chaînes de valeur financière et la Supply Chain physique. On pourrait donc mettre en place des services financiers automatisés sur la base des événements qui se déroulent sur la Supply Chain. Certes, beaucoup des problèmes soulevés n’ont pas encore leur réponse. Il est cependant d’ores et déjà possible d’avancer avec les offres disponibles. Sans remonter jusqu’à la commande, le document e-facture pourrait déclencher un certain nombre de e-services bancaires. Ce qui serait déjà un grand pas en avant.


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demateriel.com

La dématérialisation de documents s'accélère (factures, courriers, contrats, télé-procédures). Leur mise en oeuvre est à la convergence de trois savoir-faire : la GED, l'archivage et la gestion des flux. C'est un monde à découvrir.


Alain Laidet, fondateur, E-Business Info.