Musique en ligne : FAI et éditeurs condamnés à s’entendre
| Rédigé par Mark Furness le Mercredi 9 mai 2007 |
Le rapport de Jean Cedras sur la répression du téléchargement, qui vient d’être remis au Ministre de la Culture, est riche d’enseignements et éclaire d’une lumière nouvelle la dématérialisation de la musique via le Net. Ce rapport devait faire le point sur les conditions d’application de la loi d’août 2006 sur le téléchargement illégal.
Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce rapport montre les limites de cette loi et révise sérieusement à la baisse les prétentions des pouvoirs publics en matière de répression du piratage musical sur le Net. De manière très pragmatique, Jean Cédras propose plusieurs pistes pour réduire le téléchargement illégal.
La première consiste à développer et à diversifier les offres de téléchargement légales (type FNAC) et, corrélativement, à supprimer purement et simplement les très controversés DRM, comme vient d’ailleurs de la faire EMI. Il est vrai que ces DRM, qui ne permettent même pas à l’acquéreur légal de musique numérique de recopier sur un autre support ses titres pour son usage privé, vont à l’encontre du but recherché et auraient plutôt tendance à favoriser le piratage qu’à l’empêcher !
En matière de répression technique, Cédras souligne avec réalisme, qu’aucune solution « en aval » ne permet à ce jour d’empêcher le téléchargement illégal. Il est impossible, pour un coût acceptable et sans tomber dans une complexité technique et juridique dissuasive, de mettre en place des filtres efficaces contre le piratage, que se soit au niveau de l’internaute ou du fournisseur d’accès.
A terme, la seule solution réaliste serait donc, selon ce rapport, que les FAI, sites Web et ayants droit concluent, en amont » des accords collectifs pour bloquer ou sérieusement limiter la circulation des fichiers musicaux piratés.
Cette solution pourrait finir par s’imposer d’elle-même car elle correspond aux intérêts bien compris des différents acteurs économiques en présence, artistes compris. S’agissant des FAI, il est clair qu’ils ont de plus en plus besoin de proposer des services de musique numérique en ligne pour enrichir leurs offres. Mais du côté de l’édition et de la production musicale, il est vital de trouver les moyens d’enrayer la baisse continue du chiffre d’affaires lié à la vente de musique qui est passé, de 2005 à 2006, de 966 à 862 millions d’euros, soit une baisse de 10 % ! Or sur ce chiffre de 862 millions d’euros, il faut savoir que la part de marché numérique ne représente que 5 %. C’est dire si la marge de progression reste forte !
Pour autant, ce « Yalta » de la musique numérique, que tous les acteurs concernés appellent de leurs vœux, se heurte encore à une sérieuse pierre d’achoppement : les éditeurs et producteurs de musique seront-ils prêts à abandonner aux FAI et aux sites Web une partie substantielle de leurs pouvoirs en matière de diffusion et l’exploitation des titres et des artistes ? Cette question cruciale devra pourtant être tranchée rapidement si l’on veut que, demain, subsiste une création musicale riche et diversifiée, ce qui suppose un nouveau modèle économique qui permette aux artistes de pouvoir vivre décemment de leur musique, fut-elle entièrement numérique et dématérialisée.
Mark Furness
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