André Vital (Seres) : “Il n’y a pas d’eldorado sur le marché de la dématérialisation des échanges, mais…”
| Rédigé par Alain Laidet le Mardi 28 novembre 2006 |
Seres va terminer 2006 sur un CA en croissancede 8% à 9 millions d’euros. Son Pdg, André Vital, nous livre son analyse des évolutions des marchés de l’intermédiation électronique B2B. Entretien.
Dématériel : André Vital, vous dirigez Seres, l’un des plus anciens «réseaux à valeur ajoutée» français. Comment se termine cette année ?
André Vital : Très bien, avec une croissance de 8%,soit 9 M€ de chiffre d’affaires pour l’ensemble de la société, toutes filiales confondues (Espagne, Mexique). La poursuite de notre développement à l’international est un fait marquant de l’année 2006 avec en particulier la signature d’un contrat de distribution de nos services avec un partenaire en Italie. L’autre fait marquant de 2006, c’est la signature de grands contrats hors du secteur de la grande distribution, notre segment d’activité historique. Nous souhaitons en effet nous diversifier depuis longtemps pour apporter des solutions de dématérialisation à tous types d’industries. Cela se concrétise. Nous avons signé cette année par exemple avec EGD (filiale d’EDF et GDF pour le réseau de distribution du gaz et de l’électricité) pour l’externalisation complète de leur chaîne d’approvisionnement : commande, avis d’expédition, etc. La grande distribution ne représente plus que 60% de notre CA aujourd’hui.
Dématériel : Quels sont les savoir-faire nécessaires pour servir ces nouvelles infrastructures dématérialisées ?
André Vital : On reçoit aujourd’hui deux grands types d’appels d’offres : les entreprises qui veulent faire de la démat’ de facture (un marché que nous servons depuis 15 ans, mais caractérisé par une grosse guerre des prix en ce moment menée par des acteurs dont la rentabilité n’est toujours pas la préoccupation, ce qui n’est pas forcément le cas de leurs actionnaires, à ce titre l’année 2007 risque d’être intéressante) ; et les comptes qui veulent déployer des projets avec une multiplicité des flux. C’est le cas d’EGD par exemple : ils prennent le projet de dématérialisation dans sa globalité. Pour servir correctement ces marchés, il faut bien sûr des quantités de briques techniques, mais pas seulement. Le point le plus critique, c’est le passage à l’acte. Les entreprises qui doivent mettre en réseau X centaines de fournisseurs peuvent être légitimement effrayées. Or c’est ça notre principal savoir-faire : la maîtrise des processus opérationnels pour le passage à l’acte.
Dématériel : Comment se porte ce marché d’opérateur de flux ?
André Vital : Ce marché est toujours en croissance depuis de nombreuses années mais avec une croissance qui n’est toujours pas expponentielle. Ce qui me gêne en fait, c’est ce fantasme persistant d’un eldorado du marché de la dématérialisation des échanges. Ce n’est pas un marché phénoménal, du moins pour les opérateurs. Il faut le savoir. Je fais ce métier depuis 15 ans. L’interconnexion de centaines d’entreprises ou de collectivités comporte plus de vicissitudes que de grands matins glorieux. Notre métier, c’est de maintenir des plate-formes d’interconnexion interentreprises qui sachent capter des flux et les restituer. C’est un savoir-faire complexe, mais une simple «commodité » pour nos clients. Il est illusoire de vouloir bâtir des business plan stratosphériques là-dessus. En même temps, il est tout aussi vrai qu’on peut bâtir des croissances correctes et durables quand on gère bien le sujet. Les comptes de Seres, filiale de deux grands groupes La Poste et Bull sont publics. La rentabilité et donc la pérennité sont réelles. J’observe que certains de mes soi-disant concurrents préfèrent ne pas publier les leurs. Je pense enfin que 2007 sera l’année du début de l’assainissement des comptes de certaines entreprises sous la pression légitime de leurs actionnaires lassés des promesses de rentabilité sans cesse repoussées.
Dématériel : Nous sommes à la veille de la mise en réseau des collectivités et des administrations françaises. Comment voyez vous ce marché ?
André Vital : J’espère qu’il y a un marché pour les plates-formes d’intermédiation, ce qui ne me semble pas acquis au vu de certains choix techniques qui sont avancés. L’administration a par exemple dévoilé cette année un nouveau protocole, «presto». S’il s’agit de systématiquement déployer du point à point, je n’y crois pas puisque cela implique que tous les partenaires prennent à leur charge l’ensemble de la problématique de l’intermédiation (déploiement, raccordement, tests unitaires, mise en production, support, etc.). Je sais ce que coûte la gestion des échanges entre n partenaires. Ca coûte cher, quel que soit le protocole. Presto peut parfaitement correspondre à des besoins d’échanges entre grandes administrations et grandes collectivités (comme le protocole AS2 dans le monde de la grande distribution, entre grands distributeurs et grands fournisseurs, qui n’estiment pas avoir besoin d’intermédiaires pour gérer leurs flux) mais pour une petite collectivité locale, une petite mairie sans moyens, ça ne marchera pas. Je crois donc au marché de l’intermédiation.
Dématériel : Allez-vous vous positionner ?
André Vital. Bien sûr. Nous avons déjà développé une solution pour le projet Actes du Ministère de l’intérieur (contrôle de légalité) et le Groupe La Poste dispose déjà d’une offre pour les marchés publics. Et j’espère convaincre ma maison mère, la Poste, de proposer des offres groupe les plus larges possibles pour ce nouveau marché.
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